Le pasteur Gerhard Pross, Ensemble pour l’Europe (à gauche) et Diego Goller (Mouvement des Focolari)
Le 16 juillet 2026, le premier Prix « Tonadico – Cité du Pacte » a été décerné à Gerhard Pross, ancien modérateur d’Ensemble pour l’Europe, en reconnaissance de plus de vingt années consacrées à la réconciliation entre les Églises et à la promotion d’une Europe fondée sur le dialogue et la fraternité.
Le village de Tonadico, dans la vallée du Primiero dans le Trentin, avait été en effet proclamé « Cité du Pacte », en mémoire de l’expérience spirituelle vécue en 1949 par Chiara Lubich, fondatrice du mouvement des Focolari et Igino Giordani, parlementaire italien, à l’origine du célèbre texte du « Paradis de 1949 ».
Le Pacte, une expérience fondatrice
La cérémonie a été précédée de plusieurs interventions permettant de redécouvrir la portée de ce « Pacte » vécu entre C. Lubich et I. Giordani. Maria Caterina Atzori, chercheuse au Centre Chiara Lubich, a montré que ce pacte dépasse largement un simple accord entre deux personnes. Il trouve son origine dans l’expérience eucharistique de Chiara Lubich et d’Igino Giordani. Après la communion, Chiara Lubich comprend que l’Eucharistie transforme le croyant en Christ et l’introduit dans la communion trinitaire. Dès lors, l’unité n’est plus seulement une aspiration humaine ; elle devient une participation à la vie même de Dieu. Cette intuition conduit C. Lubich à élargir le pacte proposé par Giordani à tous, conformément à son charisme inspiré de la prière de Jésus : « Que tous soient un ».
L’Europe, une vocation à l’unité dans la diversité
Le professeur Alberto Lo Presti élargit ensuite la réflexion au thème de cette première édition du prix : « Europe, destin commun ». Selon lui, les civilisations ne survivent pas grâce à leur puissance militaire, mais grâce à leur âme. L’Europe ne peut donc être réduite à une organisation politique ou économique ; elle est le fruit d’une rencontre entre l’héritage biblique, la pensée grecque et le droit romain. Sa vocation consiste à faire vivre une unité qui respecte les différences culturelles et spirituelles. L’identité chrétienne de l’Europe ne conduit pas au repli sur soi, mais à une ouverture universelle où les différences deviennent une richesse plutôt qu’une menace.
Un artisan de la communion honoré
Après une création chorégraphique inspirée des thèmes de la paix et de la réconciliation, Bruno Turra prononce la laudatio du pasteur protestant Gerhard Pross. Il retrace son parcours, depuis sa formation de technicien puis de théologien jusqu’à son engagement dans les réseaux œcuméniques allemands et européens. Il souligne surtout son rôle décisif dans la naissance et le développement d’Ensemble pour l’Europe. Plus qu’un organisateur, Gerhard Pross est présenté comme un « médiateur qui disparaît », mettant toujours les autres en valeur afin que les charismes puissent s’harmoniser au service de l’unité. Son action est relue à la lumière de deux passages bibliques : la « porte ouverte » de l’Apocalypse et l’annonce d’Esaïe : « Voici que je fais une chose nouvelle ».
Tonadico, un lieu où le ciel et la terre se rencontrent
Très ému en recevant le prix, Gerhard Pross commence par remercier les organisateurs et confie combien cette distinction le touche. C’est la première fois qu’il visite Tonadico. Depuis longtemps, ce lieu lui était familier à travers les récits de Chiara Lubich, mais il découvre avec émotion un village où, selon ses propres mots, « le ciel et la terre se sont embrassés ». Ce qui l’impressionne le plus n’est pas le souvenir d’un événement passé, mais la vitalité de cette expérience qui continue de rayonner plus de 70 ans après. Il dit ne pas voir les cendres d’un passé révolu, mais les braises toujours vivantes du Paradis de 1949.
Pour lui, cette expérience marque un tournant dans la spiritualité des Focolari. L’amour réciproque et la recherche de l’unité existaient déjà auparavant, mais l’expérience de Chiara Lubich donne à ce charisme une profondeur nouvelle. L’unité des chrétiens trouve désormais sa source dans la communion même du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
La naissance d’Ensemble pour l’Europe
Interrogé sur la naissance d’Ensemble pour l’Europe, Gerhard Pross revient sur un moment fondateur : la signature, le 31 octobre 1999 à Augsbourg, de la Déclaration commune sur la doctrine de la justification entre l’Église catholique et la Fédération luthérienne mondiale. Le même jour, à Ottmaring, une rencontre avec Chiara Lubich fait naître l’intuition d’un nouveau chemin commun. Celle-ci résume sa vision par une phrase qui marquera Gerhard Pross : « La partition est écrite au ciel. » L’avenir de l’unité ne se construit pas d’abord selon des stratégies humaines, mais dans une écoute commune de Dieu.
Quelques mois plus tard, une rencontre à Rothenburg devient un moment décisif. Après une réflexion sur les conséquences des divisions entre chrétiens pour l’histoire de l’Europe, un prêtre catholique demande publiquement pardon aux protestants pour les souffrances infligées au cours des siècles. Les responsables protestants répondent en demandant pardon à leur tour.
Pendant plus de deux heures, les représentants des différentes Églises confessent leurs fautes réciproques. Gerhard Pross considère cette célébration pénitentielle comme l’un des moments spirituels les plus forts de sa vie. Tous comprennent alors que l’avenir ne pourra être construit qu’ensemble. De cette expérience naîtra officiellement Ensemble pour l’Europe.
Construire la paix par la rencontre
Abordant la situation actuelle du continent, Gerhard Pross défend une conception de l’unité qui respecte pleinement les différences. À ses yeux, la diversité n’est pas une menace, mais une richesse voulue par Dieu lui-même. L’Europe a besoin de cette « diversité réconciliée », capable d’accueillir les identités nationales, ecclésiales et culturelles sans les opposer.
Il évoque les fractures qui traversent aujourd’hui le continent, notamment entre l’Est et l’Ouest. Face à ces tensions, Ensemble pour l’Europe privilégie l’écoute plutôt que la confrontation. Il raconte notamment une rencontre d’Ensemble pour l’Europe réunissant à Porto une participante russe et une participante ukrainienne. Après une demande publique de pardon de la première et le cri de souffrance de la seconde, l’assemblée se rassemble autour d’elles dans la prière. Pour Gerhard Pross, de tels gestes ne changent pas immédiatement la politique internationale, mais ils sèment les graines d’une paix durable.
Il rappelle enfin que la construction européenne voulue par Robert Schuman, Konrad Adenauer et Alcide De Gasperi reposait sur une vision profondément chrétienne de la réconciliation. La Déclaration Schuman de 1950 demeure, selon lui, un modèle de courage politique fondé sur la confiance entre des peuples autrefois ennemis.
Les signes d’une espérance nouvelle
Après vingt-cinq années comme modérateur, Gerhard Pross estime naturel de transmettre la responsabilité à une nouvelle génération. Il ne quitte cependant pas son engagement. Il souhaite désormais être avant tout un témoin de l’action de Dieu. Il se réjouit des nombreux signes de renouveau qu’il observe aujourd’hui : croissance des baptêmes d’adultes en France, retour de nombreux jeunes dans les Églises en Angleterre, multiplication d’initiatives œcuméniques dans plusieurs pays d’Europe. Il y voit l’accomplissement de la parole d’Esaïe : « Voici que je fais une chose nouvelle. »
Son espérance est celle d’une Église où évêques, prêtres, laïcs et mouvements avancent ensemble dans une véritable amitié, vivant un œcuménisme qui ne relève plus seulement du dialogue théologique, mais d’une communion concrète au service de la paix. La remise du premier Prix « Tonadico – Cité du Pacte » apparaît ainsi comme un hommage à un artisan de cette unité réconciliée, née de l’Évangile et ouverte à l’avenir de l’Europe.
Martin Hoegger


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